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De la violence à la compréhension, des couples se réconcilient… !

« Dans mon cœur je me suis senti tellement fautif qu’à mon réveil je me suis excusé auprès de ma femme », témoigne Etienne Nahigombeye dont le couple fait partie des 15 couples du village intégré de Mayengo (province de Rumonge). Ces couples ont suivi du 15 au 19 Juin 2020 un renforcement de capacités sur le genre ainsi que la prévention et la prise en charge des violences sexuelles basées sur le genre. Ce renforcement de capacité a été organisé par UNFPA, en collaboration avec le Ministère des Droits de la Personne Humaine des Affaires Sociales et du Genre, dans le cadre du projet conjoint d’appui à la cohésion sociale à travers le village rural intégré de Mayengo.

Selon Etienne Nahigombeye, il y’a certains mauvais comportements d’hommes, qui sont issus du manque d’informations nécessaires. « Personnellement, je pensais que le rôle de la femme est de faire tous les travaux ménagers et les travaux champêtres que je la voyais toujours faire sans penser que je pouvais l’aider. Pour moi, je cherchais juste l’argent pour manger. Pour une somme de 10 mille francs par exemple, je lui donnais juste 2000 mille francs maximum pour préparer à manger. Avec tout le reste, j’allais boire de l’alcool avec des amis jusqu’à très tard la nuit. A mon retour, je l’agressais violemment, la traitant même de tous les noms, en colère de ne pas trouver à manger car elle me disait qu’elle avait préparé juste pour les enfants à cause de peu de moyens que j’avais laissé. Plusieurs fois, je ne laissais rien à la maison, pourtant, je continuais à la maltraiter et trouvais quand même de l'argent pour aller boire ». indique-t-il. A lui d'ajouter que ce renforcement de capacités lui a ouvert les yeux. En effet, avec les témoignages partagés par d'autres couples, et les échanges qu'ils ont eu, il a réalisé qu'il pouvait devenir une meilleure personne: un mari et un père dont sa famille sera fière. Ce renforcement de capacités a permis à son couple de discuter sur ce qui n’allait pas, et que cela lui a permis avec sa femme de se réconcilier et se sont promis de faire un nouveau départ.


Etienne Nahigombeye, entrain de partager son témoignage. UNFPA Burundi/ Queen BM Nyeniteka

Parmi les 15 couples du village intégré de Mayengo qui ont suivi cette séance de sensibilisation durant toute la semaine, certains sont modèles et d’autres sont des couples à problèmes liés aux violences sexuelles et basées sur le genre. C'était une occasion de former ces couples en matière d’égalité de genre et de lutte contre les violences sexuelles et basées sur le genre et apporter une réponse rapide et adéquate aux cas de ces violences enregistrées; ceci dans le cadre de susciter un changement positif de comportement chez les couples à problèmes à l'instar de celui d'Etienne. De son côté, Raissa Manirakiza indique avoir également beaucoup appris. Elle témoigne que son couple s’est désormais entendu de discuter sur tout, avant toute action. « On nous a appris toutes sortes de violences qui existent notamment psychologique, physique, financière, mais aussi sexuelle. Après chaque journée de formation, mon mari et moi avions chez nous des échanges récapitulatifs pour que chacun d’entre nous voit là où il faut faire des améliorations. Autre chose rassurante, c’est d’avoir appris qu’il y’a des textes qui découragent et condamnent les auteurs de violences basées sur le genre », termine-t-elle.

Durant ces séances d’échanges, des discussions houleuses ressurgissaient au sein des participants, cherchant ensemble la solution à ce genre de violences dont ils sont tous témoins soit au sein de leur couple, soit dans la communauté, surtout qu’ils vivent ensemble dans un même village de Mayengo. En effet, ces séances étaient participatives au point où les participants trouvaient eux-mêmes des réponses à leurs défis. Mais à l’unanimité, ils étaient d'accord que ce ne sont pas que des femmes qui subissent ces violences, qu’il y’en a aussi qui en font subir à leurs maris. Ils se sont entendus qu’ils allaient éclairer d’autres couples qui n’ont pas participé à cette formation afin de relayer les informations et connaissances acquises. En outre, ces 15 couples se sont engagés à être des modèles, qui devront prêcher à leurs voisins par des exemples. « Je me suis engagé à changer, à ne plus faire souffrir ma femme, ainsi il me sera très facile d’aider les autres hommes et des amis qui ont le même comportement que le mien. Je suis sûr qu’en voyant mon changement radical, ils me suivront facilement. », témoigne encore Etienne Nahigombeye.

Parallèlement à cette séance de sensibilisation de ces 15 couples, 20 leaders communautaires de ce même village de Mayengo étaient également en train d’être sensibilisés sur la même matière. Ces leaders communautaires souvent aux milieu de ces couples en conflits pour les réconcilier doivent aussi connaitre les notions de genre et de prévention et réponse aux violences basées sur le genre. De leur côté aussi, ils ont témoigné leur satisfaction après ce renforcement de capacité. Estella Niragira, est une femme qui fait partie des 20 leaders communautaires formés. Ce renforcement de capacité a été d’une grande utilité pour elle. Elle témoigne : « J’ai été étonnée d’apprendre que les violences basées sur le genre ne sont pas que sexuelles et physiques. Il y’a de ces violences que les femmes subissent quotidiennement et on pense que c’est comme cela que ça doit être, du moment où l’homme ne la frappe pas. Maintenant je vais sensibiliser les femmes de mon village de ne pas se laisser traumatiser, et je vais leur dire que la loi les protège. Certaines voient leurs habits brûlés par leur mari car rentré ivre, d’autres assistent impuissamment leur mari qui amène une concubine sans pouvoir le lui empêcher et passe toute leurs journées à cuisiner pour eux et à pleurer, jusqu’à la dépression. je vais toutes leur dire que la loi les protège de toute sorte de violences qu'elles pourraient subir; car on vient de l’apprendre. Mais parallèlement, je sensibiliserai même ces femmes qui violentent leurs maris, elles sont rares, mais elles aussi, elles doivent être remises à l’ordre" , termine Estella Niragira.


"Je vais sensibiliser les femmes de mon village de ne pas se laisser traumatiser. Je vais leur dire que la loi les
protège de toute sorte de violences qu'elles pourraient subir", partage Estella Niragira. 
Photo UNFPA Burundi/ Queen BM Nyeniteka

Jackson Hatungimana est un jeune de 21 ans qui faisait partie des 20 leaders communautaires formés. Il indique se sentir privilégié d’avoir pris part à ce renforcement de capacité avant qu’il soit marié. Sans nul doute, il y’a des erreurs qu’il ne fera pas a-t-il indiqué. En outre, c’est une bonne occasion de sensibiliser aussi ses amis du même âge, car après une semaine, il rentre avec beaucoup de connaissance qui pourraient les aider. Quant à Dorothée Nintuze, c’est une jeune fille de 23 ans. Elle rejoint Jackson en disant que c’est une chance inouïe d’avoir ce renforcement de capacité avant de se marier, maintenant elle se dit rassurée. « Je suis souvent témoin des violences que les femmes subissent dans les ménages. Nombreuses que j’ai vu, elles n’ont droit à rien, elles ne peuvent pas épargner l’argent, elles ne sont pas autorisées par leurs maris d’aller en association avec les autres, elles cultivent mais ne profitent pas de leurs récoltes, d’autres sont physiquement violentées, tout cela me faisait douter de me marier,peur de subir la même chose. Mais maintenant je suis rassurée car on nous a partagé les différents textes et lois qui protègent les survivants à toute sorte de violences », partage Dorothée. Elle ajoute que ce sera une occasion de sensibiliser les autres jeunes fille de son âge en leur partageant les bons exemples qu’ils ont entendus durant le renforcement de capacités.


Dorothée Nintuze, partageant ses impressions et sa satisfaction pendant le renforcement de capacités des
leaders communautaires du village de Mayengo. 
Photo UNFPA Burundi/ Queen BM Nyeniteka

Durant cette semaine de renforcement de capacités, à la fois les 15 couples et les 20 leaders communautaires ont eu des séances de formation sur la prévention de la pandémie Covid 19, et des violences que cela peut susciter dans un couple. Cyriaque Nshimirimana a beaucoup apprécié toute la formation. Elle lui sera utile et pourra en parler aux autres. A propos de la lutte contre Covid 19, il a indiqué avoir beaucoup appris sur les signes qui sauvent. En outre, il a compris que certains couples se chamaillent parce que l’épouse a acheté le savon dans le budget donné par le mari, d’autres parce qu’ils sont connus de tromper leurs épouses avec beaucoup d'autres femmes tout cela devient source de conflits dans le ménage. « Ce n’est plus le VIH Sida uniquement qu’un mari qui trompe sa femme peut apporter dans son couple, mais il y’a ce virus dont tout le monde parle. C’est important de sensibiliser la communauté de notre village à ce propos, et je m’y suis engagé en tant que leader communautaire », a partagé Cyriaque.

Précisons que le même renforcement de capacité a été donné à 10 autres couples et 30 leaders communautaires dans la semaine du 08 au 12 juin 2020, tous venus également du village intégré de Mayengo.

Par Queen BM Nyeniteka